Avec l’arrivée du Knowledge Graph, Google propose un nouveau mode d’affichage de l’information sur de nombreux mots-clés. Est-ce une révolution qui va changer certaines habitudes ?

Est-ce un outil à prendre très au sérieux ou bien un simple aménagement cosmétique dans les pages de réponse ? Va-t-il faire évoluer certains comportements de recherche comme l’a fait Google Suggest ? Voici un tour d’horizon.

Le Knowledge Graph, c’est quoi ?

Rappel des faits. Le 5 décembre 2012, sous la forme d’un article signé par Amit Singhal, Senior Vice-President de Google, le moteur de recherche annonce l’arrivée officielle du Knowledge Graph.

Pour faire court, disons que c’est un mode d’affichage et de collecte des informations qui proposent à l’internaute un accès rapide à des informations que le moteur juge utiles ou emblématiques, en « comprenant » s’il s’agit d’un monument, d’un lieu géographique, etc.

Voici pour être complet la vidéo Youtube du lancement et un lien vers la page officielle (en français) :

 

Le moteur rassemble ces informations sous la forme d’une mini-fiche thématique dans la colonne à droite, à l’endroit où figurent habituellement les publicités Adwords.

L’espace d’affichage est important, jusqu’à dépasser la ligne de flottaison.

Google envoie au passage un signal mondial sur le fait de privilégier la qualité du moteur et le service rendu à l’internaute, plutôt que monétiser sur des requêtes de noms pouvant intéresser les annonceurs.

Ainsi, pour le mot-clé ‘Londres’, la mini-fiche du Knowledge Graph agrège ces informations :

  • un extrait de la carte Google Maps
  • des informations de nature encyclopédique : le nombre d’habitants, la superficie, la date de fondation
  • des informations liées à l’instant : la météo à l’instant présent, l’heure locale, le dernier message sur Google+
  • d’autres liens suggérés, vers des expressions qui possèdent aussi leur propre fiche Knowledge Graph
Voici la capture d’écran :
L’affichage en colonne de droite des données Knowledge Graph sur l’expression ‘Londres’

 

Pour les séries TV, on a ce type d’information :
  • un bref texte de description provenant de Wikipedia,
  • une date de diffusion du premier épisode,
  • la première chaine de diffusion,
  • les noms des créateurs
  •  le dernier message de Google + depuis le compte officiel identifié.
  • En photo, la liste d’acteurs.
Le point intéressant, au-dela du fait que le réseau social Google+ est fortement mis en avant, est que le moteur valorise des liens qu’on ne recherchait pas forcément, et leur donne une visibilité potentielle énorme.

La question qui est découle : est-ce que certaines requêtes représentent un potentiel à exploiter en SEO ?

Ce que ça change pour le SEO

Pour voir si l’outil peut donner des idées de stratégie SEO, prenons un exemple dans le monde musical avec le groupe The Cranberries :

Le moteur génère un trafic potentiel autour de la requête Limerick, les lieux de concert, noms d’albums et titres, etc. Un clic sur le titre ‘Linger’ renvoie vers une autre requête du type GROUPE + TITRE avec des réponses tirées de la recherche universelle : vidéos avec Youtube et Dailymotion principalement, liens web, puis des images de Google Images.

 

Jusque là, c’est classique. Mais d’autres requêtes sont moins habituelles.

Jetez un oeil aux liens des concerts : les requêtes ont un format sous la forme GROUPE, SALLE, VILLE, DATE qui pourrait bien raviver la course aux positions pour les billetteries en ligne.

Les pages bien optimisées sur ces requêtes ne sont pas si nombreuses, d’où un potentiel de trafic à récupérer.

Il est encore trop tôt pour évaluer la façon dont le Knowledge Graph pourrait modifier les habitudes de navigation. On sait déjà que l’outil Google Suggest, qui propose des requêtes par auto-complétion en cours de frappe, oriente les requêtes.

Le concept du Knowledge Graph peut s’appliquer à peu près à tout :

  • monuments célèbres
  • personnages historiques, célébrités
  • villes, pays, lieux géographiques
  • films, albums de musique, oeuvres d’art
  • et tout ce qui peut être connu
Les sources d’informations sont multiples :

Google indique que cette base de connaissance comporte plus de 500 millions d’entités, et plus de 3,5 milliards de relations entre ces entités.

On l’a compris, la nature des informations affichées et des liens n’est pas la même selon qu’il s’agit d’un monument, d’un groupe de musique, d’une célébrité.

A chacun d’explorer les fiches liées aux grands noms de son secteur d’activité pour identifier d’éventuelles pistes de requêtes mal exploitées.

Ce que ça change en général

En testant quelques requêtes, on constate que :
  • Google accompagne encore un peu plus la recherche d’information en ressemblant à un Wikipedia-like
  • Google donne un regain de visibilité à des thèmes parfois secondaires
  • Google met en lumière un certain « formatage » des requêtes suggérées, comme on l’a vu avec les concerts

La sérendipité encore plus forte

On connaissait déjà le principe de sérendipité : en quelques clics, je consulte des informations que je ne cherchais pas… avec le Knowledge Graph, l’effet joue à plein régime.

Le Knowledge Graph révèle même des choses inattendues, comme les noms des enfants des célébrités avec des liens vers leurs pages, photos, profils facebook, etc. qu’on n’aurait pas forcément recherchés.

Ce qui, à un certain niveau, pose des questions sur le respect de la vie privée puisque cette exposition massive d’informations (certes publiques car indexées sur d’autres sites) n’est pas forcément du goût des intéressés.

Un exemple au hasard avec la recherche sur une célébrité, l’industriel Bernard Arnault, dont la fiche liste les noms des enfants.

Sauf qu’en plus, l’une des photos sort du lot et met en lumière un élément point à surveiller : l’e-reputation

 

L’e-reputation en question

Les images proviennent de Google Images, de banques d’images et sources libres de droit. On retrouve logiquement, dans un ordre différent, les mêmes photos bien positionnées sur Google Images.

Travailler son e-reputation au niveau des photos s’impose donc encore plus aujourd’hui. Pour l’exemple plus haut sur Bernard Arnault, l’une des images montre la Une de Libération qui a fait l’objet d’une plainte en justice.

Savoir d’où proviennent les images, et comment faire monter celles que l’on souhaite dans les pages de réponse de Google devient encore plus important.

Autre exemple avec le polémiste Eric Zemmour, affublé d’une caricature :

De quoi inviter à la vigilance et à travailler sa visibilité sur Google Images si on est une célébrité.

D’accord, mais pour les personnes moins connues ? Pour l’instant, rien, mais qui sait si d’ici deux ans, chacun n’aura pas sa présentation à la Knowledge Graph ?

Dans le bloc sous les photos, les liens suggérés ont l’inconvénient de pouvoir faire ressortir des mises en perspective peu flatteuses ou des « dossiers » pouvant dater de plusieurs années. Par exemple, quand on cherche  aujourd’hui une information sur « Marine Le Pen », on ne pense pas forcément à prendre des nouvelles de sa mère Pierrette Lalanne.

Sauf qu’à un clic de là, on tombe sur une photo plutôt étonnante pour les non-avertis…

La fiche Knowledge Graph de Marine Le Pen avec la mention des enfants, proches, le parcours universitaire…

En mettant en avant des liens suggérés avec l’utilisation de Google Images,

le moteur donne davantage de visibilité à des requêtes secondaires

Google propose finalement un nouveau maillage d’informations, qui promet son petit lot de découvertes et de vieilles casseroles exposées au grand jour.

A quoi ressemblera le Knowledge Graph de demain ?

A cette évolution tournée vers le contenu, il ne manque plus que des services.

Prenons donc vite une boule de cristal.

Sur le long terme, pour les grandes villes comme ‘Londres’, une aide à la réservation de billet d’avion semblerait logique. L’outil existe déjà avec Google Flight.

On peut aussi imaginer un pavé cliquable pour une visite en photos de la capitale britannique avec Street View.

Le Knowledge Graph renforce la position de Google en tant que fournisseur de contenus et de services.

Dans certains cas, une requête sur un nom de banque et de ville génère l’affichage Google Maps, avec les horaires. De là à proposer un résumé de l’offre bancaire en exploitant le comparateur de cartes de crédit Google Advisor, il n’y aurait qu’un pas facile à franchir.

Est-ce un progrès majeur ? Faut-il s’inquiéter de cette évolution, surtout si l’on est un site positionné sur des thématiques traitées par le Graph ? Ou au contraire, avez-vous déjà constaté des opportunités de trafic ou en SEO avec l’arrivée de cet outil ? Votre avis nous intéresse.